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Détail de l'information

Christine SAJOT
/ Catégories: AFM, INFORMATIONS

Position de la SMAI concernant le Plan S de la commission européenne

Ci-dessous un texte récemment adopté par le CA de la SMAI concernant le Plan S de la commission européenne concernant le libre accès.


Résumé :

1) En ce moment tout le monde vante le "libre accès à la connaissance",

2) Chacun met ce qu’il veut derrière ce vocable : Elsevier/Springer des revues auteur-payeur à 3 000 $ l’article, d’autres des revues sans frais ni pour le lecteur ni pour l’auteur et d’autres encore HAL ou arXiv.

3) Il faut absolument s’assurer que le plan S ne soit pas une façon de mettre en place uniquement la voie auteur-payeur.

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L'objectif de ce texte est de relayer les craintes de certains de nos collègues mathématiciens sur les conséquences du plan S qui a été lancé le 4 septembre dernier. Le plan S prévoit (entre autres choses) d'obliger les chercheurs financés par l'ERC ou l'ANR à ce que les articles publiés soient en full open access dès leur parution. Cela semble très bien sur le principe, mais le diable est dans le détail, et les acteurs sont nombreux avec des visions et des intérêts différents (France, Europe, éditeurs, communautés scientifiques, ...). Quelles seront les conséquences sur notre pratique de publication ?

 

Actuellement, pour de nombreux mathématiciens, la situation est la suivante. Nous publions quasi-systématiquement sur arxiv ou sur hal une version preprint du papier soumis, et nous mettons à jour cette version preprint, qui est de fait très proche de la version publiée. Par ailleurs, nous publions très souvent dans des revues pour lesquelles (une fois que l'article est accepté pour publication, bien sûr):

- il n'y a pas de frais de publications si on souhaite juste que l'article paraisse dans la revue

- il y a des frais si on souhaite que l'article soit disponible gratuitement dès la publication (gold open access): cette option n'est donc pas choisie par la majorité d'entre nous.

En fait, la soumission de l'article à un journal n'a qu'un seul objectif : le processus de reviewing par les pairs. Il ne faut pas négliger le fait que, pour que ce processus fonctionne, il faut s'appuyer sur une infrastructure efficace et réactive : gestion éditoriale électronique adaptée à la communauté, système de secrétariat. Les bons éditeurs apportent ici une plus-value importante qui participe à la réputation d'un journal. Et ceci a bien sûr un coût, qu'il faut rétribuer d'une manière ou d'une autre.

 

En étant peut-être trop pessimiste, un écueil possible à la mise en place du plan S pour les mathématiciens est le suivant: il ne faudrait pas que la contrepartie du plan S soit qu'il devienne obligatoire de payer le gold open access pour tout article publié dans nos revues habituelles. Le statu quo actuel pour l'ERC par exemple est que si l'article est sur HAL ou arxiv d'une part, et publié dans un journal même sans gold open access d'autre part, on remplit bien les conditions de publication ouverte. Il faudrait que ce statu quo demeure. Et ce n'est pas garanti, car il est critiquable:

* cela fait deux versions du même article (problème possible pour les citations et références précises),

* l'éditeur pourrait argumenter qu'on a déjà publié l'article soumis, et donc le refuser.

Par conséquent, on pourrait imaginer que les éditeurs répondent au plan S de différentes façons:

* qu'ils n'acceptent plus qu'une version proche de la version finale soit publiée sur arxiv ou hal (option sans doute délicate à mettre en place en France qu dispose d'une législation sur le droit d'auteur qui fait que l'auteur est pleinement propriétaire de toute version antérieure à celle "travaillée" par l'éditeur).

* qu'ils rendent les frais de publications non nuls, même pour une parution sans gold open access

* qu'ils fassent pression sur les agences de recherche pour que la norme devienne le gold open access.

On basculerait donc d'un système lecteur-payeur à un système auteur-payeur, dans lequel nous serions perdants. Nous serions par exemple obligés d'utiliser une partie de nos financements pour pouvoir publier ! On a parfois le sentiment que le plan S a été conçu pour les communautés qui ont déjà l'habitude de payer pour publier, et qui souhaitent payer moins, ou du moins avoir plus de visibilité sur ce qui se cache derrière le prix. On pourrait imaginer que le plan S a pour objectif que seuls les auteurs paient, mais qu'en contre-partie, nos établissements n'aient plus besoin de s'abonner aux revues : dans ce schéma, si les auteurs ne paient en fait rien (la situation actuelle pour nous !), on voit mal comment les éditeurs pourraient survivre. Bref, cette situation n'est pas viable à long terme. Ce n'est pas un point de fonctionnement, et si l'on souhaite que l'on prenne en compte notre point de vue, il faut que l'on anticipe quels sont les aboutissements possibles de ce processus : financement institutionnel des publications, de l'archivage et de l'open-access ou bien système auteur-payeur (qui peut s'avérer lucratif si le nombre de publications augmentent !).

 

Quelques lectures complémentaires utiles :

- https://jussieucall.org/

- http://euro-math-soc.eu/news/18/10/1/ems-new-developments-concerning-open-access

- https://zenodo.org/record/1305847#.W8dNJFKYRZJ

 

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